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- Interview de Charles Thompson et Joey Santiago - Paru dans le cahier spécial Pixies offert dans Les Inrockuptibles n°121 à l'occasion de la sortie de Death To The Pixies

Charles Thompson (dit Black Francis, puis Frank Black)
- Les Pixies, ça me semble vraiment une vieille histoire. Les disques, les
concerts, ce qu'on a pu dire de nous... J'ai l'impression que ça date d'il y a vingt ans. Et pourtant le groupe est né
il y a dix ans seulement et s'est séparé en janvier 93...
Joey Santiago - J'ai un peu la même sensation. Et
surtout, je m'aperçois que je n'en ai jamais vraiment reparlé depuis quatre ans.
La page a été tournée assez vite - plus vite, sans doute, que je ne le pensais.
Charles - Je n'ai jamais réécouté les albums des
Pixies. Et c'est quasiment la même chose pour les albums de Frank Black, dans
lesquels je me replonge très rarement. Je n'éprouve pas le besoin d'y retourner.
Je suis a peu prés sur de savoir ce que j'y trouverais de bien et de mal. Les
souvenirs ont beau avoir tendance a s'effacer, je sais qu'ils sont là, en moi,
plus ou moins profondément. Ca me suffit.
Joey - Il m'arrive parfois de remettre nos albums.
Mes frères, mes proches semblent beaucoup y tenir, je leur offre ce plaisir...
Une fois, seul a la maison, j'ai eu envie d'en réécouter un - c'était
Doolittle, je crois. Je me suis dit que c'était très bon. Le fait de
regarder en arrière, de me dire que j'avais fait partie de cette aventure-là,
n'avait pas d'importance : j'écoutais seulement un album qui, récent ou pas,
s'intégrait sans problèmes parmi les autres disques. Honnêtement, il y avait une
grande qualité musicale dans ce travail.
Vous considérez-vous comme les deux vrais membres fondateurs
de ce groupe?
Charles - C'est certain. Joey et moi nous nous sommes rencontrés
à l'université d'Armherst, Massachusetts, où nous étions censés suivre des
études d'économie. Nous étions dans la même chambre nous nous sommes découvert
une passion pour le Rock. Nous n'avions pas d'idées vraiment précise de ce que
nous voulions. Sa collection de disques était totalement différente de la
mienne. Notre seul point commun était que nous n'avions jamais été a la
recherche du dernier truc a la mode. Nous écoutions surtout des vieilleries.
Nous avons commencé avec un batteur, un bassiste et un clavier. On étaient
encore loin des Pixies, ce n'était qu'une concrétisation brouillonne de notre
désir de former un groupe. Puis au bout de deux années de fac, je suis parti à
Porto Rico pour un échange culturel. Je n'ai rien étudié là-bas, je suis resté
six mois a me traîner. Je suis revenu a Boston très remonté, avec l'idée de
former un groupe. J'ai écrit à Joey en lui disant qu'il fallait qu'on se lance.
Apres quelques hésitations, il a accepté. Il a comme moi lâché la fac et nous
nous sommes retrouvés à Boston. Nous avions chacun un petit appartement, un
petit boulot dans les entrepôts qui se trouvaient le long de l'océan : on
déchargeait les camions et les bateaux, Joey des billots en bois, moi des boîtes
de boutons... Le soir, après le boulot, on se retrouvait, on allait dans les
clubs voir jouer des groupes de cru.
Vous avez souvent insisté sur le caractère naïf de vos
débuts.
Charles - On ne savait pas comment s'y prendre, il
nous manquait un mode d'emploi. Aucun de nous deux n'avait vraiment fait parti
d'un groupe avant, ni joué sur scène. On ne lisait pas le Melody Maker ou
des canards de ce genre. On ne suivaient pas les modes du moment, on ne
s'habillait pas spécialement en noir - on était plutôt attiré par les couleurs
passées, les vieilles choses. Alors on essayait d'apprendre. On chronométrait
chaque concert auquel nous assistions pour savoir combien de temps il fallait
que ça dure... On n'avait aucune idée, aucun concept, on s'inspirait de ce qu'on
voyait. Plus tard, lorsque le groupe s'est vraiment formé, l'état d'esprit était
le même. Beaucoup de groupes confectionnait des affichettes pour leur concert.
Comme mon père avait un ami qui bossait dans une imprimerie, j'ai conçu un
poster où il était écrit: "Death To The Pixies" : on me voyait nu, en
position fœtal, le pouce dirigé vers le bas.
On l'a affiché ça et là, ça a fait sa petite impression... Au bas des
affiches, on prédécoupait des des petites bandes de papier que les gens
pouvaient arracher : c'était leur ticket. "Concert Gratuit!" J'ai le
sentiment qu'on nous as assez vite appréciés. Un an seulement a dû passer entre
nos premiers concerts et la signature de notre contrat avec4AD - et je n'ai pas
le souvenir que ce fut un combat, comme pour tant d'autres groupes.
Votre éducation musicale semble avoir été assez originale.
Charles - Il y a d' abord eu les Beatles, toute de
même, à la base. A 8 ans, j'avais la collection complète de leurs disques. Nous
avons ainsi eu tous les deux des connexion avec le rock depuis l'enfance.
C'était de notre age, de notre époque. Nous sommes nés en 1965 : le rock était
encore jeune, il était en train de devenir énorme. Mais ensuite, comme je n'ai
jamais eu tant d'argent que ça a calquer dans les disques, j'allais chez les
soldeurs acheter les trucs les moins chers. J'ai amassé une collection très
éclectiques de disques des sixties. Plus tard, à l'université, j'ai animé une
émission sur une radio très obscure qui se trouvait sur le campus. Je
m'enfermais là-bas, entre minuit et 3 h du matin, pour
passer toujours les mêmes vieux vinyles... Les seules personnes à m'écouter
étaient Joey et un type qui habitait de l'autres coté de ma rue.
Vos projets étaient-t-ils ambitieux?
Joey - Sûrement qu'intérieurement, on s'était mis
une forme de pression. J'avais laissé tomber les cours. Je venais d'une
famille ou on jugeait nécessaire de décrocher de bons diplômes alors que moi, je
m'étais inscrit en fac parce que je pensais que c'était le meilleur moyen de
former un groupe... Je mentais à mon père - qui m'avait même acheté un
costume pour ma carrier d'homme d'affaires : je lui disais que j'étais allé a
Boston pour étudier la bourse, la finance... Il fallait que je construise
quelque chose de solide avec la musique, qui ne pouvait pas être un amusement,
sans suite. De toute façon, si j'avais tout largué, c'est que j'avais pressenti
qu'il se passerait quelque chose.
Charles - Notre objectif premier était de
créer notre propre musique, notre propre monde, notre propre son. Après avoir
écouté pas mal de disques, été dans pas mal de clubs, on s'est dit "Eh! On peut
faire notre propre truc... Et peut-être même que ce seras mieux!" Depuis des
années et des années, Joey et moi avions accordées une valeur un peu magique aux
disques de rock. Ils nous avaient apporté beaucoup de rêves et développé notre
imagination. Alors il était devenu évident que la musique devait être le boulot
dont on avait rêvé depuis qu'on étaient gosses. On n'a pas poursuivi ce but avec
beaucoup d'acharnement, on n'a pas passées nos vertes années a jouer et répéter
comme des bêtes, 24 heures sur 24. Mais psychologiquement, on s'y étaient
préparés.
Joey - A l'age de 13 ou 14 ans, je suis allé voir
AC/DC en concert. Ca m'a tellement secoué que le lendemain, j'ai couru dans un
magasin de disques pour acheter tous leurs albums : Voila le genre de
comportement et d'état d'esprit que la musique provoquait en moi. Les concerts,
les disques, le son : Tout ça était très marquant.
Quand avez vous rencontrés Kim Deal et David Lovering, vos
futurs bassistes et batteur?
Charles - Avant l'été 86, on as passé une annonce
où il était écrit : "Groupe cherche bassiste. Influences : Hüsker Dü et Peter
Paul & Mary." Kim Deal a été la seule a répondre. Elle a amené avec elle
David Lovering, un ingénieur en électricité qu'elle avait rencontré lors d'un
mariage. Sa seul expérience musicale était son passé de percussionniste dans la
fanfare de son école - ça nous as paru très convaincant.
Joey - On leur as joués quelques chanson, a deux
guitares. On ne les avait même pas enregistrés.
Charles - Kim Deal a tout de suite eu envie de
jouer avec nous. Le fait qu'elle n'ai jamais vraiment touché a une basse
auparavant ne nous as pas arrêtes.
A-t-il tout de suite été évident que tu serais le boss, que
tu écrirais tout ou presque?
Charles - J'ai sûrement dû être un peu
autoritaire. Mais je ne pense pas que c'était un problème a ce moment-là.
Joey - Ca n'en était pas un. Personne d'autre que
lui ne pouvait prendre ce rôle. Moi a part faire "whouououou" avec me
guitare, je n'avais aucun idée... Que Charles soit le leader, ce n'était pas
écrit, il n'as même pas eu a le dire, ça allait de soi.
Charles - Je ne suis pas venu avec une vision
préconçue de de l'organisation du groupe, que les autres membres auraient étés
obligés de suivre. Toutes les discussions sur notre fonctionnement et sur
l'écriture des chanson, nous les avions déjà eus avec Joey deux ans auparavant.
Quand nous avions commence les Pixies, nous étions déjà lancés, la dynamique
existait déjà, notre plan action immédiate était déjà prêt. La période de
maturation était passé. Pendant des mois on a avait été trop timide pour se
lancer, on avait observé, réuni le maximum d'informations. Alors une fois qu'on
as eu la matière suffisante : go! Et ce qui était sûr, a ce moment-là, c'est que
j'étais le seul a pouvoir apporter une bonne poignée de chansons.
Quelles relations aviez vous a l'intérieur du groupe?
L'amitié n'a jamais semblé être un ciment important.
Charles - Je pense qu'on étaient amis... Disons
qu'on as tenté de le rester aussi longtemps que possible. Plus tard, c'est
devenu plus difficile - mais parce que la vie elle même a été moins amicale avec
nous... On étaient un peu plus âgés, on avait enchaînes les disques, les
tournées, un tas de gens commençaient a nous donner leur avis sur ce qu'on
devait faire pour atteindre le niveau supérieur, décrocher un hit... Bon,
peut-être que l'amitié entre nous n'était qu'illusion. Peut-être que la réalité
de nos relations étaient faussée par le fait qu'on voulait en permanence jouer,
répéter - on ne pouvait pas s'en empêcher. C'est vrai qu'a part Joey et moi, on
ne passait pas beaucoup de temps ensemble en dehors des moments ou nous
jouions... La musique était supérieure a tout, la seule valeur qui importait.
Nos origines sociales, géographiques, nos personnalités n'avaient aucun rôle a
jouer dans l'identité des Pixies. J'ai l'impression que c'est devenu assez rare
aujourd'hui dans le rock, où les groupes se cimentent autour d'éléments
complètement extérieurs a la musique. On ne se souciait pas d'avantage
d'appartenir a une scène. A Boston on ne connaissait que deux ou trois groupes,
comme les Throwning Muses, avec lesquels on a beaucoup joué.

Le line-up définitif des Pixies était constitué. A-t-il tout
de suite donné des résultats satisfaisants?
Charles - Aucun d'entre nous n'avaient de "trucs",
de tics. On étaient quasiment vierge de toute expérience. Ca sonnait comme du
neuf. Je disais : "Joe, je vais faire une chanson rock", Joey me disait "OK",
et sa guitare faisait "Wheeeeee". On se jetais à l'eau en permanence.
Quand on arrivaient aux répétitions, on ne passait pas des heures a papoter. On
sortait tout de suite les instruments, on branchait, et vrrrroumm! C'est ça qui,
par rapport à la "scène de Boston", a du paraître rafraîchissant à nos premiers
auditeurs.
Joey - Je connaissais quelques accords de base,
sans plus - notamment de blues. Mais Charles n'en voulaient pas. Il me défiais
de trouver d'autres choses. Jouer par exemple sur une seule note pendant tout un
couplet, un refrain, une chanson...
Charles - On as toujours voulu jouer des chansons
courtes. Bizarrement structurées, mais quand même simple, courtes. Surtout ne
pas s'appesantir. Des qu'on avait exprimé une idée, des qu'une chanson
fonctionnait, on passaient a la suivante. Ce n'est pas qu'on travaillaient a la
hâte : simplement, il n'y avait rien a conceptualiser. D'une façon générale, on
bossait beaucoup, bien plus que les autres groupes. On répétaient alors dans un
vieil immeuble assez sinistre. Au sous-sol il y avait quelques locaux qu'on
louaient au mois a plusieurs... On étaient très souvent fourré là-bas. Les
autres pièces étaient souvent vides. Le soir, les musiciens des autres groupes
sortaient, se rendaient à des fêtes. Je ne les trouvais pas sérieux. Je me
souviens qu'un type vivait là, dans l'une des ces pièces sans fenêtres. Il
travaillait dans un très mauvais restaurant, était dealer de coke et puait
tellement... Il y avait aussi ce jeune gars qui se prétendait rapper - on
étaient en plein explosion du rap... Je ne l'ai jamais entendu faire quoi que ce
soit, mais il louait un local et traînait toujours avec lui une collection de
photos ou on le voyait poser avec des célébrités - "Regardez, les gars, là
c'est moi avec James Brown!"
Comment en êtes vous arrives a être signés sur le label
anglais 4AD?
Charles - Nous connaissions le producteur
des Throwings Muses, Gary Smith - qui devait plus tard produire notre premier
album, Come On Pilgrim. C'était un gosse, probablement pas plus
expérimentés que nous. Il ne connaissait pas grand chose a la production, mais
il avait ce petit studio d'enregistrement... Mon père m'as prêté 2000 dollars -
il était plus souple que celui de Joey. Je lui avais dit "Donne moi du temps
donne moi un an pour essayer de concrétiser quelque chose." Non pas que
j'avais besoin de sa permission. Mais il était mécène, je lui devais quelques
comptes... On as enregistrés en trois jours toutes les chansons de Come On
Pilgrim, alors qu'on avaient aucun contrat. Comme il nous aimait bien, Gary
Smith a parlé de nous as Ken Goes, le manager des Throwing Muses. Goes habitait
assez loin, il nous as donné rendez-vous dans un fast-food au bord de
l'autoroute, entre chez lui et Boston... Ca a duré quelques minutes, le temps de
lui donner une cassette de l'enregistrement. Plus tard, ils nous as rappelés en
disant que quelqu'un de chez 4AD avait aimé. C'est arrivé vite, mais pas
artificiellement. Pour nous, c'était assez excitant. On savait que le premier
album des Muses, qui était sur le même label, avez bien marché. L'Europe nous
attirait, on avait cette naïveté de jeunes Américains fascinés par ce qui se
passait de l'autre coté de l'Atlantique. On savait qu'un jour ou l'autre, on
allaient quitter Boston, qu'il n' y avais pas de futur pour nous ici...

Vos deux premiers albums, Come On Pilgrim et Surfer
Rosa, posaient déjà les fondements du son des Pixies : une violence et une
électricité très sèches, les stridences de la guitare répondant a la voix, le
rôle essentiel de la session rythmique. Ils pouvaient laisser croire que vous y
aviez mûrement réfléchi.
Charles - Ca n'a jamais été le cas. Ce qu'il
fallait faire dans la seconde suivante : voilà quel était notre unique plan,
notre unique but. J'amenais la structure des chansons... et en avant, pas
d'états d'âme. Pendant chaque chanson, on était pas là à se dire (il hurle
d'une voix stridente en se prenant la tête dans les mains) : "Mon Dieu,
mais nous avons découvert le son de demain! Euréka, c'est le nirvana!". Tout
a mon sens était le fruit d'une forme de hasard, de notre rencontre jusqu'a
notre musique.
Joey - Si nous avions commencé a trop réfléchir,
notre musique n'aurais sûrement pas eu la même gueule, ni le même impact.
J'utilisais un petit ampli country-jazz assez spécial, qui désespérait parfois
les ingénieurs. Mais je n'avais pas le sentiment d'avoir un équipement
particulier, ni spécialement sophistiqué. Je ne savais simplement pas qu'il en
existait d'autres...
Charles - On ne se sentait pas responsables
de ce qu'on faisait. Comme si on était pas conscients... Je ne pourrais pas dire
d'où notre musique est partie. Peut-être Joey le sait-t-il pour sa guitare?
Joey - Il y avait quelque chose d'assez...
contrôlé, finalement. J'entends par là que personnellement, je voulais jouer
aussi simplement que possible. Pas de solos, pas de grandes guirlandes de notes.
Au fond je savais ce dont je ne voulais pas, ce qui ne valait pas un clou.
Charles - L'important était de chanter, de jouer,
de faire quelque chose de notre énergie. On avait une dimension très instinctive
et physique. Peut-être quelque chose d'assez américain, finalement. A partir de
là, les critiques ont très vite étés positives, beaucoup de gens semblaient
surpris par notre manière d'utiliser l'électricité, la violence. En soi,
pourtant, ça n'étais pas révolutionnaire... Nous avons enregistré cet album en
1987. On avait pu entendre ce même genre de sons et de sentiments chez des tas
de groupes différents - My Bloody Valentine, Hüsker Dü, Iggy Pop, Captain
Beefheart, Ramones, Talking Heads... J'ai toujours aimé écouter ces groupes un
peu arty, intelligents et agressifs.
Vous avez toujours eu une grande aversion pour l'analyse,
vous n'aimez pas qu'on vous pousse a décortiquer votre musique.
Charles - J'ai lu récemment une phrase de Beck,
qui disait "Chaque chanson est comme un pays de ce Monde, elle a ses propres
lois." Voilà une belle vérité. Chaque chanson que nous avons joué avait ses
propres lois, mais je ne peux pas te dire ce qu'elles étaient - ça n'étais écrit
nulle part.
Joey - Je me souviens d'une anecdote, à l'époque
où on habitait encore à Boston. Un soir, je suis allé a une fête où j'ai
rencontré un étudiant du conservatoire de la ville. Un endroit où ils étaient
très portés sur la théorie Musicale. avec ce type, j'ai eu une discussion assez
longue sur la musique, les chansons. Comme il ne nous connaissait pas, je lui ai
fait écouter la cassette d'une de nos chansons. Ce devait être Where is my
Mind?- on était en train d'enregistrer Surfer Rosa. Le type n'a rien
compris. Il a rigolé, un peu méprisant, un peu apitoyé, m'a fait remarquer que
je ne jouais pas les bonne notes...
Preniez-vous un malin plaisir a intriguer les gens?
Charles - Je ne sais pas si nous étions vraiment
conscient d'une quelconque étrangeté. Personnellement j'avais l'impression que
nous sonnions plutôt comme les Kinks ou ce genre de choses... Et nous étions par
ailleurs des gens totalement normaux... Nous n'avons jamais essaye de faire
croire aux autres que nous avions des vies tordus.
Joey - Nous apportions une différence, j'en suis
persuadé. Je le savais j'y prenais beaucoup de plaisir. J'étais heureux que
certaines personne ne nous comprennent pas. Je le prenais comme un compliment.
Mais ça n'a jamais été une démarche agressive. On n'a jamais rien crié a la face
de notre public.
Les Pixies avaient une certaines propension au jeu. Vous
souvenez vous de ces deux concerts assez spéciaux a Londres, en 89?
Charles - (Il réfléchit, sourit de plus en
plus) C'est vrai, je les avais oubliés. C'est un bon exemple... Le premier
soir on a chanté tous les morceaux dans l'ordre alphabétique. Et le lendemain,
même chose, mais dans le sens inverse. On a poussé le vice jusqu'à commencer par
le rappel après quoi on est sorti un quart d'heure. Puis on est revenu pour
jouer une heure et demie sans nous arrêter. Personne ne comprenait... On avait
cette forme d'espièglerie, d'esprit taquin, malicieux. Ce n'étais que des petites
blagues, des petites farces. Rien d'hilarant, ni de super-intelligent. Un cote
gentiment stupide, finalement.
Quand vous avez enregistré Doolittle, en 89, avez vous
eu le sentiment d'avoir gravi un échelon, d'avoir gagné en en ampleur?
Joey - D'entrée, j'ai été frappé par la manière
dont les chanson sortaient. La qualité sonore était incroyable, tout était mieux
organisé. Doolittle et Surfer Rosa sont mes deux albums préférés. J'ai aimé la
manière dont ils étaient enregistrés et exécutés.
Charles - Nous avons beaucoup répéta pour cet album, assurément
le plus populaire de tous. Cette fois-ci, nous avions de l'argent dans nos
poches, un vrai studio, un vrai producteur - Gil Norton, un Anglais, qui en
connaissait un rayon et avait eu l'habitude de travailler avec des groupes
beaucoup plus "propres". Un type très gentil avec qui nous avons poursuivi notre
chemin jusqu'à la fin. Nous discutions sans cesse. Je lui soutenais qu'une
chanson ne devait pas excéder trois minutes ; je lui avais même amené un disque
de Buddy Holy pour lui en faire la démonstration. Il y a certaines de nos
meilleures chanson sur Doolittle, comme Wave of Mutilation, Dead,
Debaser... Une chanson comme Monkey Gone To Heaven, en soi, n'avait
pourtant pas grand-chose de sorcier. Mais il y avait une telle dynamique dans le
son des voix, les guitares, la rythmique, les cordes... Je me souviens du
quatuor qui était venu enregistrer pour nous : quatre musiciens classiques qui
sortaient d'un concert. On étaient tous impressionnés. Nous par leur vraies
qualités musicales, que nous n'avions pas; et eux parce qu'ils se retrouvaient
avec un rock-band, dans une atmosphère tellement différente.
Apres Doolittle, vous vous êtes engagés dans une
tournée interminable. N'y a -t-il pas eu a ce moment-là un début de routine?
Charles - C'est certain. Mais c'était une bien
meilleure routine que le moindre des boulots que nous avions connus. C'est
toujours un peu dur les tournées. Tu es jeune, stupide, tu voyages à travers le
monde, tu as du mal a voir des relations humaines, à être organisé... L'usure
est venue plus tard, après Trompe Le Monde, quand nous avons fait cette
tournée en première partie de U2. Les gens de la maison de disques avaient été
complément surexcités par cette opportunité et on avait dit oui. Mais là,
c'était vraiment une routine minante : jouer chaque soir dans les même stades,
les même structures en béton... Que peut-t-il y avoir de satisfaisant à se
produire une demi-heure devant une assistance qui est en train de s'installer,
de marcher dans les allées, de bavarder?
Vous êtes l'un des rares groupes de rock qui n'ait pas jugé
utile de jouer sur l'images galvaudée de la rébellion.
Charles - S'il y avait une forme de rébellion dans
notre démarche, elle ne s'exprimait que dans le cadre musical. Contres d'autres
groupes, d'autres formes de jeu. On n'avait jamais replacé ça dans un contexte
plus large - contre la société, les parents, le gouvernement, la religion, ce
genre de trucs... Les Pixies n'étaient pas un groupe agressif. Sur scène nous
avions toujours la même attitude. On chantaient pour les gens, ou pour le ciel,
ou pour personne, va savoir... Mais on ne s'écriait surtout pas "Eh!
Ecoute-moi, j'ai un message a te donner, il y a des choses que nous aimerions
que tu comprenne!" Si des gens, derrière le divertissement glanaient des
choses plus profondes, tant mieux. Mais on ne bataillait pas ferme pour ça, ce
n'étaient que des shows! On compensait ça en essayent de faire un autre type de
musique. On ne tentait pas désespérément d'être a la mode, ou cool, ou
commercial, ni d'avoir un look spécial. Les cheveux verts, très peu pour nous.
Depuis qu'on étaient gosses, notre seule référence, c'était les disques : des
objets ronds et noirs qui donnaient du son, de belles mines d'or. Pourquoi aller
chercher la tête des musiciens derrière? Qu'est ce que leur cheveux viendraient
foutre la dedans?
Joey - Je me souviens de la premier fois ou les
gens de 4AD nous ont rencontrés. Comme ils ont étés surpris... Je ne sais pas ce
qu'ils s'imaginaient : que nous portions les cheveux longs, des vestes en cuir,
des pull-overs en laine, des casquettes de Base-Ball?
Pensez-vous que ce refus de vous créer une image vous as nui?
Charles (catégorique) - C'est évident. Bon
peut-être que la musique était aussi un poil trop bizarre, tordue, difficile ou
je ne sais quoi. Mais il suffit aujourd'hui de vois quels sont les groupes
populaires, ceux qui passent sur MTV. C'est intrigant... Tant de gens
aujourd'hui, achètent des disques et écoutent de la musique pour des raisons
étranges : l'idée qu'ils se font d'un groupe, une certaine imagerie, une
fascination pour un style de vie supposé... C'est ça qui les accroche, les
étonne, et pas du tout la manière dont ça sonne. Le culte de la
personnalité... Et effectivement, je ne suis pas persuadé que les gens soient
tentés de connaître plus profondément ma personnalité ou celle de Joey. Pas les
foules en tout cas... Et on a vu ce que ça pouvait donner avec Kurt Cobain.
Aurais-tu aimé, comme tu le déclarais à l'époque, être aussi
célèbre que U2 tout en gardant votre étrangeté?
Charles - Honnêtement, non. J'étais plutôt content
qu'on ne soit pas si gros que ça. Les Pixies ont eu suffisamment de succès pour
que Joey et moi nous achetions une maison. Ca, déjà, c'est assez dingue. Et en
un an, j'ai gagné plus d'argent que mes parents ont touchés en une vie... En
plus, indépendamment de ça, je trouve finalement assez agréable ce statut de
groupe culte. Le majorité des groupes que nous aimons et aimions plus jeunes ne
sont pas des succès massifs. Ils sont plus a la marge, à la limite. Cite moi un
groupe un peu bizarre et plutôt éclectique qui ait connu un immense succès. Il
n'y en as pas. Même les Talkings Heads au sommet de leur popularité étaient bien
loin de ces groupes qui passent sur MTV... L'avantage c'est que nous, nous avion
un public ou ne transparaissait, aucune mode, aucune uniformité. Cette
diversité, ça me plaisait beaucoup. Il y avait parmi nos fans des gens avec qui
tu ne voudrais pas partager trois minutes de ta vie. Le genre baraqué, qui hurle
"Hey man!" en permanence, et dont tu es le groupe favori pour une raison
qui t'échappe. Et puis a côté, il y avait des gamins ou des gens de 35-40 ans.
Rien de calibré.
A l'époque, beaucoup de journalistes parlaient d'avant garde
a votre propos. Est ce que ça signifiait quelque chose pour vous?
Charles - Probablement que oui, avec une certaine
naïveté... Certaines groupes comme Pere Ubu avaient cette réputation, ça
semblait important. Le concept d'avant-garde je l'avais connu a travers quelque
lectures, quelques projections de films surréalistes ou expressionnistes des
années 20 et 30, quelque cours a la fac. Mais de là a me sentir partie prenante
de cette histoire...
Joey - Quand nous avons fini Doolittle,
j'ai eu le sentiment que nous pouvions être un groupe qui pose une pierre,
quelque chose de fondateur, qui ouvre une voie. Et ça s'est en partie confirmé.
Certaines groupes actuels nous citent parmi leurs influences. Dans certains
articles on pourra parler d'un son "à la Pixies". Ca s'est incorporé au
jargon des studios, comme lorsqu'à l'époque nous disions "Oh ça sonne Stones,
ou Zeppelin"... Longtemps après la séparation des Pixies, j'ai participé a
un disque a Vancouver. Dans le local où nous répétions, il y avait un tableau ou
des musiciens affichaient des petites annonces. Un type avait punaisé un carton
disant qu'il recherchait un guitariste "à la Joey Santiago". Ca m'a un
peu troublé... Les autres musiciens se marraient, voulaient que je l'appelle.
"Allô? Ici Joey Santiago. J'ai entendu dire que tu me cherchais... Adresse-toi a
mon avocat..."
A l'époque des Pixies, tu devais bien être conscient que tu
avais un jeu et un son de guitare particuliers.
Joey (embarrassé) - Oui... Oui...
Charles - Joey a un son de guitare très... joyeux.
Pas toujours joyeux, mais très souvent. Une sorte de son ensoleillé, très
souriant. Ce n'est pas le type qui te répète sans cesse "Regardez comme je
suis radieux", non. C'est quelque chose de foncièrement honnête, une
expression des plus sincères.
Joey - Et pas seulement de la technique, hein...
Si j'ai développé quelques habilités, ce serais plutôt après la séparation des
Pixies... De toute façon, quel intérêt de savoir ce qu'est un do majeur?
Aucun.
Charles - J'ai 32 ans, comme toi Joey, on s'est
rencontré il y a 14 ans déjà... Je pense bien te connaître, et je peux dire que
quand je t'entends jouer il me semble entendre un reflet très fidèle de ta
personnalité. Je ne pense pas qu'un guitariste, pour être bon, soit obligé de
réussir ça. Mais toi, tu es l'un de ses rares musiciens dont le jeu est comme un
prolongement de lui-même. C'est très intéressant. On ne sent aucune influence.
Comme si tu n'avais eu aucun modèle, que tu ne t'étais concentré que sur la
puissance d'expression de ton instrument.
Joey - J'ai eu des modèles, bien sur, mais je n'ai
jamais essaye de sonner comme eux. Et ce ne sont peut-être pas ceux auxquels les
gens s'attendraient. Angus Young, Ted Nugent... Leur énergie me fascinait. Je
n'ai jamais cherche a les imiter - de toute façon, je n'y serais pas arrivé. Je
ne suis pas comme mon frère Bob, qui avait joué avec nous sur la dernière
tournée des Pixies : lui il peut reprendre brillamment a la guitare n'importe
quelle chanson, n'importe quelle musique. Il pourras te jouer instantanément le
générique de Beavis & Butthead ou la musique de la pub pour Wonderbra...
Et toi, Charles, ton chant et tes textes étaient-ils une
expression sincère de ta personnalité?
Charles - Je sais que certains, surtout au début,
trouvaient mes textes violents, ou noirs, ou effrayants, surtout avec ces
références au corps, aux os, à la religion aussi. mais je ne voix pas en quoi je
correspondrais, moi, a cette description...
Joey - Je me souviens de la première fois que j'ai
entendu Charles hurler dans un micro. Ca a été un énorme choc. Il chantait
vraiment a plein poumons, a se les décrocher. sa voix se déformait, partait dans
les aigus, se vrillait... J'ai toujours aimé la façon dont il tordait les mots.
Il jouait avec, comme un chat avec une souris. Je ne savait pas forcement de
quoi ça parlait - et n'essayais pas de savoir.
Charles - Ca ne m'aurait pas dérangé que les
autres membres du groupe me posent des questions. Simplement, je ne me les
posais pas moi-même. Tu pourrais me demander aujourd'hui des renseignement
précis sur certains textes, je serais sans doute tout aussi incapable d'y
répondre qu'il y a quelques années. L'écriture des textes étaient aussi spontané
que la musique. Certaines chanson parlaient de choses précises, mais la grand
majorité n'avait tout simplement aucun sens. Ce n'était que de la poésie. Je
n'ai jamais aimé écrire sur des concepts ou des personnages. Le son des
mots, voilà ce qui m'intéressait. Les assembler, les arranger.
Entre Doolittle et Bossanova, Kim Deal a
enregistré le premier album des Breeders. Pourquoi ne pas avoir laissé
d'avantages de places a ses compositions?
Charles - Kim Deal avait ses propres inspirations.
Je me souviens qu'elle nous avait proposer deux chanson a cette époque. Nous les
avions essayées en répétition, mais ça ne collait pas. On a dit "Non, désolé,
on ne va pas les faire" On ne les sentait pas bien - j'imagine que son
opinion était totalement différente. Que dire de plus? C'est vrai que depuis le
début on n'avait jamais joué que mes chansons, à une ou deux exceptions près. Je
nous voyait mal prendre soudainement une décision comme "OK, maintenant,
nouveau songwriter, nouveau chanteur, nouvelle personnalité, nouvelle
sensations..." Ca n'aurait eu aucun sens. Bien avant que les Pixies se
séparent, elle a donc travaillé avec les Breeders. Mais c'a n'a pas été une
grosse affaire dans le groupe, on était au courant. Moi-même, j'avais fait une
petite tournée solo a travers les Etats-Unis, par pur défi personnel.
Bossanova sort en 90, et c'est un albums plus posé,
plus "pro"aussi. N'est ce pas le premier album un peu trop réfléchi des Pixies?
Charles - Nous avions plus de chansons lentes,
d'arrangement soignés. C'était aussi le deuxième album avec Gil Norton : sans
doute s'était-t-il focalisé sur l'élément pop de notre musique, qu'il voulait
mettre en avant. Bossanova était certainement une plus grosse machine. On
avait dépensé 1000 dollars pour le premier album, 10 000 pour le deuxième, 60
000 pour Doolittle, et là on nous avait débloqué plus de 200 000
dollars... Probablement que des gens extérieurs au groupe ont voulu ajouter de
la pression.. ça a certainement affecte les sessions, mais pas le disque
lui-même. On avançait comme d'habitude, sans la moindre vision préétablie. On
avait aussi beaucoup plus confiance en nous, on se sentait accepté par tant de
gens et de critiques. Mais on faisait toujours les choses selon la même optique.
Je ne pense pas qu'on craignait l'échec.
A ce moment-là, vous n'avez pas eu peur de vous répéter?
Charles - Je n'ai jamais été effraye a l'idée de
faire un disque. Si j'ai les moyens suffisant pour écrire, jouer avec des
musiciens, répéter, enregistrer, ça ne me fait pas peur. Je n'ai jamais craint
de me répéter. Est-ce que Jesus & Mary Chain, avec leurs éternelles même
structures de chansons, ont jamais été obsédé par ce genre de questions?
Peut-être Joey développait-il un peu plus de parano a ce sujet.
Joey - Depuis le début, oui, j'avais peur de
radoter dans mon jeu de guitare. Aujourd'hui encore, lorsque je suis invité sur
un disque ou que je joue pour mon propre groupe, je me pose ce genre de
questions. J'ai tendance a toujours sonner de la même façon, même si je ne le
cherche pas consciemment... Mais Bossanova ne m'as pas spécialement
inquiété. Les chansons amenez beaucoup de nouveautés dans mon jeu - plus de
finesse et d'épaisseur a la fois.
Kim Deal a déclaré à l'époque que cet album était plus proche
de Spielberg que de Lynch.
Charles - (Il se cabre)... On dirait une
belle citation, mais je ne vois pas ce qu'elle signifie... Certaines chansons
étaient plus amples, comme The Happening et All Over The World :
il y avait deux chansons en une, des direction différentes. Des morceaux
plus épiques, qui ne restaient pas dans leur petite monde étrange, qui
zigzaguaient davantage. Et puis ce mélange de science-fiction et et de
surf-music, ce souffle... Est ce que ça signifie que les premiers albums des
Pixies sonnaient comme Eraserhead et celui-ci comme E.T.? J'ai vu
les deux films, la comparaison ne tient pas debout. Bossanova est
toujours bien plus étrange que nombres d'autres disques. Bon... Peut-être
suis-je un peu sur la défensive, parce que c'est Kim qui a prononcé cette
phrase.
Lorsque vous avez enregistré Trompe Le Monde en 91
pensiez-vous déjà que c'était une sorte de testament?
Charles - Personnellement, en tant que songwriter,
j'étais toujours concentré sur notre travail. J'ai tendance a penser que des
chanson comme Planet Of Sound ou Letter To Memphis sont parmi les
meilleures que j'ai écrites : elles sont plus déterminé, complètes. Je ne sais
pas comment les autres ont réagi. Il y avait encore une flamme sur cet album -
une flamme que nos dernier concerts, en revanche, retrouvaient plus
difficilement. Trompe Le Monde est un album plein, échevelé. Peut-être
que nous cavalions ainsi pour éviter de penser que nous touchions a notre fin...
Je ne suis pas sur que les gens l'aiment beaucoup. Je crains qu'il n'y ait une
forme de nostalgie chez nos fans, qu'ils se tournent plus naturellement
vers nos premiers disques. En tant qu'amateur de disques, je peux avoir
exactement le même genre de réaction.
Quand as-tu pensé pour la première fois a la fin des Pixies?
Charles - La toute première, je ne m'en
souviens pas. Probablement longtemps avant que ça n'arrive... Et puis il y a eu
ce concert a Vancouver en 92... Nous savions tous que c'était le dernier. Moi,
peut-être un peu plus que les autres. Je me suis dit qu'il était bon de finir
comme ça, tranquillement. Une mort calme. On ne voulait pas en faire toute une
affaire, proclamer ( il prend un ton éploré ) : "Ce seras notre dernière
tournée, les amis!" Ca n'aurait eu aucun sens. J'ai envoyé une lettre a mon
manager, et j'ai lâché l'information lors d'une interview a la radio. Je suis
sur que les autres membres du groupe auraient préféré que je les alerte un peu
plus tôt... Mais il n'y avait rien à dire. J'aurais réuni le groupe, déclaré que
je voulais arrêter, et ils m'auraient répondu "Oh, allez... encore un!"
Je me sentais fatigué, ennuyé de ne plus être heureux... Pour moi la séparation
a été facile a vivre. C'était un énorme soulagement.
Joey - Il m'était arrive plusieurs fois de penser
a la fin des Pixies. Comme j'étais le membre du groupe le plus proche de
Charles, j'étais sans doute préparé... S'il n'étais plus heureux avec ça, alors
il n'y avait rien à dire. Que pouvait-on y faire? Le forcer a être heureux?
Charles m'as appelé un jour pour me dire que c'était fini. Je n'ai pas réalisé
tout de suite. Je suis retourné dans le jardin jouer au Base-Ball avec mon
neveu. Je n'ai pris la nouvelle de plein fouet qu'un peu plus tard. C'était un
peu paniquant. Je devais affronter le futur avec une soudaineté a laquelle je ne
m'attendais plus. Mais le soulagement a été a la hauteur de la douleur que j'ai
d'abord ressentie. L'atmosphère n'était plus très bonne, très sereine. Il
fallait passer a autre chose.
Etes-vous restés en contact avec les autres membres du
groupe?
Joey - David habite dans le même quartier que moi
à Los Angeles. Nous fréquentons un peu les mêmes endroits, les même cercles. Ja
n'ai pas de nouvelles de Kim.
Charles - Je n'ai plus de contact avec Kim et
David. Je ne sais pas pourquoi Joey et moi continuons de nous parler... Nous
nous connaissions mieux, c'est évident. Notre relation était plus forte que les
Pixies. Nous avons partagés des moments très importants de notre vie avant que
le groupe ne se forme réellement. C'est peut-être une phrase arrogante, mais
j'ai toujours eu le sentiment que ce groupe était le nôtre, plus que celui de
Kim et David. Je n'essaie pas de tirer la couverture a nous. Mais toute cette
histoire est quand même partie de notre amitié, de nos discussions... La façon
dont les gens perçoivent le groupe semblent le confirmer : Joey représente le
son du groupe, et moi le songwriting.
Si tant est qu'il existe une "histoire du rock", quel rôle
les Pixies y auront-ils joué?
Charles - Joey?...
Joey - Disons que c'était... un accident heureux. ●